Etude de cas semaine 20 : La Boulimie de Léonie

Etude de cas semaine 20 : La Boulimie de Léonie

Cela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas posté de cas qui me paraissait intéressant. Mais je me rattrape cette semaine avec Léonie.

Une cliente très contente de mon travail m’a recommandé à Léonie, 21 ans, qui vient en confiance livrer son problème de « boulimie ». Elle a des crises pendant lesquelles elle ne peut pas s’empêcher de manger jusqu’à ne plus en pouvoir. Elle se fait ensuite vomir.

Elle vit en couple et n’a pas pour habitude de partager ses repas avec son compagnon. Elle l’a quand même informé de son problème mais il ne se serait aperçu de rien sinon. Comme ses parents. Elle a ses crises depuis ses 13 ans, s’est toujours cachée et son comportement n’a jamais été découvert.

Lors de l’anamnèse de la 1ère séance, on s’aperçoit que les crises ont commencé après la séparation de ses parents, séparation qu’elle avait plutôt « bien » vécues à l’époque. Mise à part le fait que son père se détache d’elle de plus en plus à partir de là et qu’elle se sent complètement abandonnée par lui.

Lorsqu’on mange trop, plusieurs options inconscientes : principalement on se protège en se construisant une armure (de graisse, et, chez les hommes surtout, le phénomène est parfois accompagné d’une prise de muscles), ou on veut se faire voir, se rendre plus important, par quelqu’un qui ne nous voit pas (ou plus).
L’option 2 est retenue.

Avant de commencer la transe, je prescris une tâche thérapeutique à Léonie : je lui demande d’appeler maintenant son père et de l’informer de son problème, sans le culpabiliser. Ce qu’elle fait. Elle revient en larmes, son père s’étant excusé et montré préoccupé et affectueux.

En suite, sous transe, le travail consiste en une sorte de régression en âge où la Léonie d’aujourd’hui apporte à la Léonie du passé ce qu’elle n’a pas eu ou reçu (affection, sécurité, …). C’est un peu plus complexe mais c’est l’idée. Puis, j’enchaîne sur un travail métaphorique grâce auquel l’EI de Léonie peut réapprendre à se nourrir naturellement.

5 jours après cette séance, Léonie m’envoie un message. Elle n’a eu que 2 crises en 5 jours au lieu de 3 par jour. Elle veut me revoir.

Je la revois donc une semaine après son précédent appel. Elle a refait 5 crises. Elle est contente, c’est beaucoup mieux qu’avant. Moi, perso, je ne suis pas satisfait : en 15 jours, les crises ont diminué mais elles ont tendance à se rapprocher ces derniers jours et ça m’inquiète. Je lui demande où ça en est avec son père : il l’appelle presque chaque jour pour prendre des nouvelles, ils se sont beaucoup rapprochés et elle en est contente. Super. Alors pourquoi y a-t-il toujours ces crises, mêmes si elles sont bien moins nombreuses, si l’origine est démantelée ?

Comme tout à l’air d’aller bien pour elle, je lui pose la question de savoir si des choses de son enfance lui sont revenues depuis notre 1er rdv. Et là… Oui : elle a eu des flash-back d’un événement dont le souvenir était vague et qui est bien plus précis maintenant. Un viol à 16 ans qui semble s’être passé hier. Avec de la culpabilité. Et dont elle ne m’avait pas parlé. Elle savait que ça s’était passé mais c’était comme enfoui, flou. Et c’est ressorti, net. Comme si l’EI disait : « OK, c’est bien ce que vous avez fait mais mon armure a 2 raisons d’être, n’oubliez pas de vous occuper de l’autre !« . L’armure qui protège contre les agressions…

Séance trauma sous transe. Désagréable pendant. Soulagée à la fin. Elle s’est réunie avec la Léonie de ses 16 ans, celle qu’elle dénigrait quelque peu et qu’elle avait enfouie, tout comme l’événement traumatisant. Elle repart « allégée »… 

Etude de Cas Semaine 16 : Les Cauchemars d’Harry Potter

Etude de Cas Semaine 16 : Les Cauchemars d’Harry Potter

Je reçois il y a peu un appel d’une dame pour sa petite-fille. Lisa a 11 ans et fait des cauchemars épouvantables depuis une semaine pile. Elle me précise que Lisa a perdu sa mère il y a 3 ans et ne sait pas s’il y a un lien. Je ne présuppose de rien.

Je reçois donc Lisa et sa mamie. La petite fille habite loin d’ici avec son père et est en vacances dans la région. Le bouche-à-oreilles fonctionne et c’est pourquoi sa mamie a pensé à me l’amener.

– « Lisa, tu sais pourquoi tu es venue me voir ? »
– « Non »
– « Mais enfin Lisa, tu sais bien, c’est pour tes cauchemars qu’on est venues ! »
– « Ah oui… »
La petite fille semble très timide, fragile et fait peut-être moins mature que son âge. En tout cas, elle a un visage trèèès triste.

– « Alors, dis-moi, c’est quoi tes cauchemars ? »
Sans émotion décelable, elle me répond : « Harry Potter… » 
En fait, elle rêve de PetitGros, le servant du méchant Voldemort. Je connais bien la saga et je lui demande où elle s’est arrêtée. Au 3ème. Je lui recommande de ne pas lire les autres tomes pour l’instant, parce que ça fait plus peur encore par la suite…

Elle m’apprend qu’elle a lu le livre le jeudi de la semaine précédant le vendredi de notre rendez-vous et que depuis elle cauchemarde chaque nuit. Elle m’apprend aussi qu’elle a vu le film en janvier et que c’était moins effrayant. Je note dans un coin de ma tête, ça ne me paraît pas anodin.

– « Et ce PetitGros, il te fait penser à quelqu’un ou a quelque chose dans la vraie vie ? »
– « Non. »
– « Et qu’est-ce qui te fait peur dans la vraie vie. »
– « Mon papa ! » Et des larmes montent à ses yeux déjà tristes…
– « Ah bon, pourquoi il te fait peur ? », avec Mamie qui ouvre de grands yeux d’étonnement…
– « Parce qu’il crie fort. », la mamie, la mère de la maman de Lisa, ouvre encore plus grands ses yeux…
– « Et depuis quand il crie comme ça ? », (J’avoue que je connais la réponse avant de poser la question mais elle me sert à vérifier que je ne suis pas en pleine supposition/interprétation.)
– « Depuis que ma maman est partie… », et grosse crise de larmes de la part de la petite-fille et de sa mamie.

La dame m’informe que Lisa et sa petite-soeur ont été suivie par une psychologue et par un pédo-psychiatre depuis 3 ans, que tout va très bien chez elles. Le papa a été débordé et très peiné. Il n’y a apparemment pas maltraitance mais une petite fille qui est triste d’avoir perdue sa maman et qui se sent responsable des cris du papa.

Lisa m’informe peu après qu’en janvier, c’était la 2ème fois où elle voyait le film. Son père lui avait dit de le regarder une nouvelle fois parce qu’elle avait eu très peur la 1ère fois et qu’il fallait le revoir pour que sa peur diminue (dans l’idée de la chute de cheval j’imagine). Elle avait commencé à faire des cauchemars dès le 1er visionnage d’ailleurs, mais espacés.

– « Et quand l’as-tu vu la 1ère fois le 3ème épisode ? »
– « Juste après la rentrée. »
– M’adressant à la mamie : « Et quand est-ce que votre fille est décédée ? »
– « En septembre 2016. »

Et ça se vérifie encore et encore, une « petite » peur à la date anniversaire d’un événement tragique réveille le stress post-traumatique qui était resté endormi jusqu’alors.

Phase de travail, je demande à la mamie de nous attendre dans la salle d’attente.

Les enfants ont cette merveilleuse tendance à partir en transe sur demande, une micro-induction axée relaxation me suffit pour la faire partir au cinéma où elle regarde Hulk, son super-héros préféré « tabasser » PetitGros et Voldemort en 2 secondes. Puis, après dissociations/associations, elle s’accapare les pouvoirs de Hulk et vainc elle-même les méchants. On ancre tout ça kinesthésiquement pour qu’elle s’en serve en cas d’éventuelles futures peurs nocturnes.
Ca c’était pour le symptôme.

Passons à la cause, un deuil pas fait, car très difficile à accepter. Une résolution de trauma ericksonienne, dans laquelle la Lisa de 11 ans accompagne la Lisa de 7 ans à passer le cap. Et surtout dans laquelle la Lisa de 11 ans convainc la Lisa de 7 ans qu’elle a fait de son mieux, qu’elle l’aime profondément, qu’elle a survécu et qu’elle ne risque plus rien.
Suggestion post-hypnotique qu’elle restera pour toujours la gardienne des souvenirs et des plaisirs liés à sa maman.
Sortie un peu longue de transe.

Je fais rentrer la grand-mère et alors que l’on s’assoit, je me rends compte que je n’ai plus affaire à la même petite fille. Lisa est souriante. Elle semble s’être ouverte… Je suis (bêtement ?) pris par l’émotion à ce moment-là. La mamie constate aussi le changement chez Lisa, se met à pleurer et à me dire qu’elle était certaine que ça ferait du bien à sa petite-fille. Elle a pris rendez-vous pour elle. Elle n’a pas fait le deuil non plus. Que ce soit perdre sa maman quand on a 7 ans ou perdre sa fille quand on en a 60, ça reste l’une des pires choses au monde. Heureusement, correctement accompagné si besoin, on peut surmonter la douleur.

Une semaine après notre rendez-vous, Lisa n’a pas refait de cauchemars…

Cas Pratique Semaine 15 : Non, on ne touche pas à l’alcool !

Cas Pratique Semaine 15 : Non, on ne touche pas à l’alcool !

Il y a quelques semaines, je reçois coup sur coup 2 appels de femmes qui me disent avoir un problème avec l’alcool. On entend souvent dire qu’il ne faut pas prendre de clients alcooliques sans accord de l’addictologue, et surtout pas sans suivi médical. Mais après rapide anamnèse au téléphone, je me rends compte que l’une n’est pas alcoolique, elle ne boit qu’en soirées, mais jusqu’à l’ivresse, et que l’autre boit tous les jours 2 à 3 bières. Je me dis donc que je ne risque pas de problème physiologique de type delirium tremens avec ces personnes et je leur fixe rendez-vous.

La 1ère, celle qui ne boit qu’en soirées, a 47 ans. Elle a toujours bu jusqu’à l’ivresse, depuis son adolescence. Seulement en soirées, pas seule ni lors de repas entre amis. Il faut que ce soit une ambiance festive, avec de la musique, type mariage. Elle a eu un père alcoolique, mort de son alcoolisme, et un grand-père décédé d’une cirrhose du foie. Elle a souvent été considérée comme une bout-en-train, celle qui sortait toujours et aimait bien faire la fête. Elle a su s’entourer de personnes qui aimaient bien boire aussi. Mais aujourd’hui elle n’accepte plus de se voir comme cela, et ne comprend pas ce qui la pousse vers cet état.
Je vérifie tout d’abord s’il n’existe pas chez elle une forme de loyauté familiale, mais non. Pas eu de violence de la part de son père non plus. Elle pense avoir eu une chouette enfance justement parce que son père n’était pas sur son dos et que sa mère la choyait vue l’absence du père.
Je décèle pourtant 3 événements traumatisants : le 1er qui lui fait monter les larmes aux yeux est un jour où son père lui a demandé de conduire alors qu’elle n’avait pas encore son permis, à 17 ans, parce qu’il n’était pas, lui, en état de conduire. Elle se rappelle que sur le coup, elle avait trouvé ça plutôt chouette de pouvoir conduire et qu’elle s’en était même vanté à ses amis. Le 2ème événement arrive lors d’un séjour au ski en famille quelques années plus tard. Son père rentre ivre le soir. Le matin, tous partent skier sauf le père qui décuve. Quand ils rentrent le midi, le père est debout mais a recommencé à boire. Le grand frère de ma cliente se fâche et le « bouscule ». Ca la fait pleurer plus de 20 ans après. Elle a eu très peur pour son père qui était très faible physiquement et psychologiquement à ce moment-là. Le 3ème événement, peut-être le plus pénible, vient plus tard et renforce à mon avis le comportement. A 28 ans, son père dépense beaucoup d’argent et la famille demande la mise sous tutelle pour lui assurer son avenir. C’est ma cliente qui devient sa tutrice. Elle se rappelle avec beaucoup d’émotion le jugement au tribunal et son père qui lui fait comprendre à ce moment là qu’il la voit comme une traître. Il meurt quelques années après et n’auront jamais pu parler de cet événement.

Le travail hypnotique a commencé dès le 1er rendez-vous avec une séance inspirée de Betty-Alice Erickson, la fille de Milton, qui pratiquait elle aussi l’hypnothérapie. Une forme de régression en âge, où la personne obtient ce dont elle a manqué dans son enfance. C’est la cliente qui choisit quoi exactement mais on peut supposer dans ce cas qu’elle obtient au moins de la sécurité et de l’honnêteté (elle reproche à sa mère d’avoir joué un rôle pendant toute son enfance).
En 2ème séance, je traite les 2ers événements traumatiques en transe légère, par une méthode de double-dissociation que j’enseigne. Ca fonctionne, elle revoit dès la fin de la séance ces épisodes comme un peu tristes mais bien passés, terminés, et ne lui faisant plus remonter de fortes émotions
A la 3ème séance, comme il y avait culpabilité, on traite le trauma d’une autre façon, qui demande une plus grande habitude de la transe. Au 3ème rendez-vous, avec elle, c’est possible. Là aussi, on obtient un résultat qui la satisfait.
Suite à ces 3 séances, elle a fait des rêves dans lesquels elle se voit aller en soirées et dans lesquels elle boit avec modération (1 coupe de champagne). Elle faisait régulièrement, avant notre travail hypnotique, des rêves de soirées. Tous étaient des cauchemars dans lesquels elle se retrouvait ivre. Surtout, elle a été dans une soirée organisée par une association dont elle fait partie et elle n’a pas bu. Cependant, sa mère était là et ça a pu jouer sur le fait qu’elle n’aille pas plus loin. Nous trouvons cela quand même très encourageant. Elle doit me rappeler lors de sa prochaine soirée où elle pourra se lâcher. Je mettrai en commentaire de ce post ce qui s’est passé. Croisons les doigts ! En tout cas, elle sent que ça a bien bougé en elle…

La 2ème cliente, la trentaine, est plus dans un alcoolisme « classique ». Elle boit tous les soirs. 2 ou 3 bières ou verres de vin mais ne peut pas s’en passer. Elle aussi a commencé tôt : à 13 ans. A 17 ans, elle amplifie sa consommation et touche à d’autres substances. Elle apprécie notamment la cocaïne et le speed dans sa vingtaine. Elle dit rechercher un état différent. Une fuite ?

Elle me dit avoir vu une psy pendant un an et demi pour un manque de confiance en elle. Elle a aussi vu d’autres types de thérapeutes pour se défaire de l’alcool. Tous l’ont bien aidé à avancer mais pas à solutionner le problème.

Je rebondis sur ses 17 ans. Pourquoi ça s’amplifie à cet âge là précisément ? Parce qu’elle quitte la maison et donc a toute la liberté de s’enivrer. C’est jeune, je lui demande comment ça se fait.
– « Je ne pouvais plus rester. »
– Ah bon, pourquoi ?
– Parce que je ne supportais plus mes frères.
– Ah bon, pourquoi ?
– Parce que mes frères laissaient faire mon père. Lui, ll frappait ma mère et mes frères ne l’empêchait pas.
– Et vous ? Vous l’empêchiez à 17 ans ?
– Non, je ne me supportais pas non plus, et je suis parti pour fuire tout ça.
Parce que ça fait longtemps que l’on discute et que je pense pouvoir l’aider rapidement, je lui demande si un événement a été plus marquant qu’un autre pendant son enfance. Là, avec beaucoup de mal à en parler, elle me dit que oui, en pleurant et en s’en excusant. Je ne lui demande pas de me décrire ce qui s’est passé, on a affaire un trauma. Mais elle me raconte quand même. A 5 ans, son père a battu sa mère dans un coin de porte. Sa mère portait son petit frère de 18 mois qui est tombé. Ma cliente a eu très peur pour sa mère et son frère (surement pour elle aussi) et a du s’occuper de son petit frère pendant la dispute.
Travail hypnotique sur ce trauma par double-dissociation. OK, plus d’émotion en fin de séance.

Je demande à ma patiente de me rappeler 4 jours après pour me dire ce qui s’est passé pour elle. Je l’ai vu lundi de la semaine passée, elle m’a rappelé le jeudi. Elle a commencé à me dire qu’il venait d’y avoir un décès brutal parmi les personnes de son entourage le lendemain de la séance. Je m’imaginais donc que la séance n’avait pas vraiment pu avoir d’effet. Mais elle continue en me disant que si, justement, malgré ce décès qui avant l’aurait amené à boire davantage, là elle est très fière d’elle car elle n’a pas retouché une goutte d’alcool depuis que l’on s’est vu. Elle est super contente. Et là, presque 2 semaines après notre rendez-vous, elle n’a pas repris son ancien comportement. C’est plutôt, là aussi, encourageant… 🙂
Je pense tout simplement qu’elle était prête. Après avoir vu tant de thérapeutes, elle en avait marre, elle était décidé à changer. Je lui ai donné le coup de pouce nécessaire…

Je ne fais surtout pas de généralisation ici quant au traitement de l’alcoolisme par l’hypnose. Je précise que je travaille souvent en collaboration avec des psychiatres pour cette problématique.

Cas Pratique Semaine 14 : Acouphènes… et intuition !

Cas Pratique Semaine 14 : Acouphènes… et intuition !

Cette semaine, j’ai eu une demande pour traiter un acouphène. Apparemment, certains hypnothérapeutes sont familiers avec le sujet, moi pas.

Comme j’aime bien savoir de quoi on parle, je m’étais pas mal renseigné sur le sujet avant le rendez-vous, surtout sur le plan médical, et aussi du côté hypnose car une célèbre consœur a réalisé une chouette étude à ce sujet. Donc, j’étais plutôt « bien armé » face à ce cas.

Olivier, un quadra des environs se présente donc. Il a fait bilan ORL et neuro. Rien de spécial, l’ORL lui dit d’apprendre à vivre avec. C’est pourquoi il se tourne vers l’hypnose, qu’il ne connaît pas.
Je lui demande de me décrire ce qu’il entend : c’est un sifflement constant, incessant, qu’il a dans l’oreille droite depuis début décembre. Il arrive de lui-même à transformer ce sifflement en bourdonnement le soir afin de le rendre plus acceptable pour s’endormir. Vous voyez venir un travail sur les sous-modalités ? Ben non…

Moi, mon truc, c’est de travailler avec les émotions du client. Dès que j’en choppe une belle, je fonce dessus. Je lui demande donc s’il s’est passé quelque chose de spécial début décembre ou un peu avant. Et oui, une collègue a qui il parlait de sa perte d’audition (dont il souffre réellement) lui dit que s’il y a perte d’audition, il y aura acouphènes. Le soir même le sifflement commence pour ne plus s’arrêter… J’aurais engueulé ma collègue à sa place, lui non.

Mais lorsqu’il me parle de cet événement, pas d’émotion. Ça aurait été trop simple.
Je m’en vais explorer d’autres pistes et je lui demande de me décrire un peu sa situation familiale. Lorsqu’il m’apprend avoir 2 petites filles, je ne sais pas du tout pourquoi à cet instant, je lui demande leurs dates de naissance. Je m’étonne de m’entendre poser cette question. Et je sais encore moins pourquoi, mais quand il me donne la date de naissance de sa 1ère fille, Chloé, quelque chose passe en moi et me dit que cette date est la clé du problème. Alors non, je ne fais pas dans l’ésotérisme, je suis plutôt cartésien à la base. Ma femme appelle ça de l’intuition, mon « maître » en hypnose appelle ça de la communication d’inconscient à inconscient…

Je remonte donc l’histoire de mon client à la date de l’accouchement. Il m’apprend qu’il a eu alors la plus grande peur de sa vie. Sa fille est née par forceps et il a cru perdre sa femme. Pas sa fille. Là, ses yeux se mettent à briller. Grâce à des techniques de sioux, en fait en posant les bonnes questions, j’en conclue que non, ce n’est pas l’accouchement qui est à l’origine du symptôme. Pourquoi se serait-il déclaré 8 ans après alors que rien à cette époque ne rappelait l’événement initial ?

Chose que beaucoup d’hypnos n’aiment pas faire, je repars à la pêche aux infos. On pourrait travailler sans avoir la cause ou l’événement déclencheur, on n’est pas des psys. Mais j’aime faire l’enquêteur.
Donc, retour en novembre-décembre. « Olivier, qu’est-ce qui se passe à ce moment là qui vous fait peur ou que vous ne voulez pas entendre ? » Et là, des pleurs : on croit avoir déceler chez sa plus jeune fille, Marine, des troubles autistiques et il craint pour son avenir. Est-ce ça qu’il ne veut pas entendre ? Ça collerait parfaitement au symptôme ! Moins au tilt que j’ai eu sur la date de naissance de Chloé par contre. Repartons en transe pour nous en assurer…

Régression au jour de la naissance de Chloé parce que, quand même, cette date… Là, peur++ pour sa femme, il me dit surtout qu’il ne voulait pas de l’enfant, qu’il l’a eu pour faire plaisir à sa femme… On va un peu plus loin, enfin un peu plus près de nous, il délaisse un peu Chloé, ne s’en occupe pas assez (selon lui)… Encore plus près de nous, il lui en veut même de ne pas aimer sa petite sœur qui, elle, a beaucoup plus besoin de lui… Je crois que là, j’ai résolu l’énigme. Sortie de transe.
Je lui demande comment il est, là, son bruit dans l’oreille. Il s’est transformé de lui-même en bourdonnement peu audible.
Je lui dit alors, sans vouloir le heurter mais pour le bousculer « légèrement », ma déduction : « Olivier, ce bruit dans l’oreille, c’est simplement Chloé qui vous appelle, elle a aussi besoin de vous. » Pleurs+++. Retour en transe pour futurisation puis sortie de transe.
« Comment il est là, maintenant le bruit ? » Il n’y a plus de bruit. Ce sifflement incessant a bel et bien cessé. Et il n’est, à ce jour, pas revenu.

C’est un cas atypique car c’est moi qui donne la réponse. On peut dire qu’il y a interprétation de ma part ou on peut voir ça comme une certaine prescription de tâche, celle de prendre plus de temps avec Chloé.
Comme toujours, les émotions ne trompent pas. Et, apparemment, combinées au tilt, ça fait mouche !

J’avoue que je ressens de plus en plus fréquemment ce « tilt » intuitivement inconscient, et que c’est plutôt sympa… Vous connaissez ça aussi ?

Cas Pratique Semaine 13 : « Dépendance Affective »

Cas Pratique Semaine 13 : « Dépendance Affective »

Christelle prend rendez-vous avec moi pour, à ce que je comprends au téléphone, quelque chose que l’on qualifie souvent de « dépendance affective ».

Lors du rendez-vous, elle m’explique qu’il y a quelques années elle a rencontré quelqu’un qui venait d’arriver dans la région et dont elle est devenue très amie. Juste amie. Aujourd’hui, l’amie en question, que nous appellerons Julie, ne lui parle presque plus. Elle s’est faîte de nouveaux amis. Christelle continue pourtant de voir Julie 2 fois par semaine au club de volley.

Christelle se sent très mal quand elle constate que Julie s’amuse avec d’autres personnes et qu’elle ne lui adresse presque plus la parole. Elle ne pense qu’à ça. En rentrant du volley, elle guette son portable en espérant y trouver un SMS de Julie… Mais rien bien sûr.

Christelle me dit qu’elle ne souhaite que son amitié, qu’elle est par ailleurs en couple, mariée, et que tout va bien de ce côté là. Elle me dit aussi qu’elle a toute confiance en son mari sur qui elle peut s’appuyer. Et aussi que Julie l’a trop portée, jusqu’à ne plus s’écouter elle-même, et que c’est pour ça qu’elle s’est éloigné d’elle.

En général, jusqu’à maintenant, les personnes que je recevais pour « dépendance affective » connaissaient ce mal être pour la 1ère fois. Pour Christelle, c’est différent. Elle m’explique avoir déjà ressenti la même chose avec plusieurs de ses exs. Mais pas avec son mari. Exs qui, eux aussi, l’avaient beaucoup supportée.

Erickson disait : « Ne les croyez pas, écoutez-les.« 
C’est à ce moment, que je me permets de poser la question qui me tracasse depuis plusieurs minutes, à savoir pourquoi a-t-elle autant besoin d’être supportée ?

Pleurs…

Elle m’explique travailler là-dessus avec sa psy depuis 1 an et demi. Ahhh… Sur quoi ? Sur le divorce de ses parents lorsqu’elle était petite et des attouchements subis 2/3 ans après ce divorce. Et que c’est pour ça qu’elle a besoin d’être supportée, qu’elle se sent en insécurité. Bien, elle a non pas une, mais 2 bonnes raisons de se sentir mal. Elle a travaillé en EMDR sur ses traumas. Pourtant, le divorce fait encore remonter des larmes…

Comme il y a émotion, il y a travail à faire, je n’en doute pas. Le trauma n’est pas résolu.
Mais est-ce vraiment cet événement qui occasionne le trouble pour lequel Christelle me consulte aujourd’hui ?

Je méta-modélise, méta-questionne, pour arriver à une belle croyance de niveau 1 : « Je suis nulle !« . Par définition, dans tous les domaines et depuis toujours… Depuis bien avant les traumas évoqués ci-dessus même.

Travail en hypnose, avec régression jusqu’au 1er événement qui créé la croyance, prise de conscience que ce que l’on a pu lui dire à ce moment-là ne représente pas qui elle est mais juste l’opinion de quelqu’un, nettoyage par l’esprit inconscient de tous les événements qui ont pu renforcer la croyance au cours de la vie de Christelle (les 2 traumas en font partie) et futurisation.

Elle sort de transe l’estime d’elle-même surboostée.
Elle a entraînement de volley ce soir-là. D’habitude, elle stresse à l’idée de voir Julie. Là, elle y part tranquille, pleinement confiante…

En tant qu’hypnothérapeute, nous disposons de toute une palette d’outils dans un cas comme celui-ci. Surtout si l’on ne prête pas bien attention aux détails de ce qui est dit : recadrage sur le comportement, résolution de trauma, ou que sais-je encore… Mais là, c’était bien une jolie croyance qui posait problème. Bien ancrée et installée car, apparemment, elle datait de quelques heures après sa naissance. On ne sait pas précisément ce qui s’est passé, Christelle sait simplement qu’elle est née par césarienne, le cordon ombilical autour du cou.

Elle qui se disait nulle en tout, y compris en sport, est en fait coach sportive. 🙂

Quelques semaines plus tard, son mal-être s’est complètement dissipé. Elle se sait forte et n’a plus besoin d’être supportée. Comme elle n’a plus besoin d’être supportée, elle n’a donc plus aucune raison de craindre de perdre ses béquilles…

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