Je reçois il y a peu un appel d’une dame pour sa petite-fille. Lisa a 11 ans et fait des cauchemars épouvantables depuis une semaine pile. Elle me précise que Lisa a perdu sa mère il y a 3 ans et ne sait pas s’il y a un lien. Je ne présuppose de rien.

Je reçois donc Lisa et sa mamie. La petite fille habite loin d’ici avec son père et est en vacances dans la région. Le bouche-à-oreilles fonctionne et c’est pourquoi sa mamie a pensé à me l’amener.

– « Lisa, tu sais pourquoi tu es venue me voir ? »
– « Non »
– « Mais enfin Lisa, tu sais bien, c’est pour tes cauchemars qu’on est venues ! »
– « Ah oui… »
La petite fille semble très timide, fragile et fait peut-être moins mature que son âge. En tout cas, elle a un visage trèèès triste.

– « Alors, dis-moi, c’est quoi tes cauchemars ? »
Sans émotion décelable, elle me répond : « Harry Potter… » 
En fait, elle rêve de PetitGros, le servant du méchant Voldemort. Je connais bien la saga et je lui demande où elle s’est arrêtée. Au 3ème. Je lui recommande de ne pas lire les autres tomes pour l’instant, parce que ça fait plus peur encore par la suite…

Elle m’apprend qu’elle a lu le livre le jeudi de la semaine précédant le vendredi de notre rendez-vous et que depuis elle cauchemarde chaque nuit. Elle m’apprend aussi qu’elle a vu le film en janvier et que c’était moins effrayant. Je note dans un coin de ma tête, ça ne me paraît pas anodin.

– « Et ce PetitGros, il te fait penser à quelqu’un ou a quelque chose dans la vraie vie ? »
– « Non. »
– « Et qu’est-ce qui te fait peur dans la vraie vie. »
– « Mon papa ! » Et des larmes montent à ses yeux déjà tristes…
– « Ah bon, pourquoi il te fait peur ? », avec Mamie qui ouvre de grands yeux d’étonnement…
– « Parce qu’il crie fort. », la mamie, la mère de la maman de Lisa, ouvre encore plus grands ses yeux…
– « Et depuis quand il crie comme ça ? », (J’avoue que je connais la réponse avant de poser la question mais elle me sert à vérifier que je ne suis pas en pleine supposition/interprétation.)
– « Depuis que ma maman est partie… », et grosse crise de larmes de la part de la petite-fille et de sa mamie.

La dame m’informe que Lisa et sa petite-soeur ont été suivie par une psychologue et par un pédo-psychiatre depuis 3 ans, que tout va très bien chez elles. Le papa a été débordé et très peiné. Il n’y a apparemment pas maltraitance mais une petite fille qui est triste d’avoir perdue sa maman et qui se sent responsable des cris du papa.

Lisa m’informe peu après qu’en janvier, c’était la 2ème fois où elle voyait le film. Son père lui avait dit de le regarder une nouvelle fois parce qu’elle avait eu très peur la 1ère fois et qu’il fallait le revoir pour que sa peur diminue (dans l’idée de la chute de cheval j’imagine). Elle avait commencé à faire des cauchemars dès le 1er visionnage d’ailleurs, mais espacés.

– « Et quand l’as-tu vu la 1ère fois le 3ème épisode ? »
– « Juste après la rentrée. »
– M’adressant à la mamie : « Et quand est-ce que votre fille est décédée ? »
– « En septembre 2016. »

Et ça se vérifie encore et encore, une « petite » peur à la date anniversaire d’un événement tragique réveille le stress post-traumatique qui était resté endormi jusqu’alors.

Phase de travail, je demande à la mamie de nous attendre dans la salle d’attente.

Les enfants ont cette merveilleuse tendance à partir en transe sur demande, une micro-induction axée relaxation me suffit pour la faire partir au cinéma où elle regarde Hulk, son super-héros préféré « tabasser » PetitGros et Voldemort en 2 secondes. Puis, après dissociations/associations, elle s’accapare les pouvoirs de Hulk et vainc elle-même les méchants. On ancre tout ça kinesthésiquement pour qu’elle s’en serve en cas d’éventuelles futures peurs nocturnes.
Ca c’était pour le symptôme.

Passons à la cause, un deuil pas fait, car très difficile à accepter. Une résolution de trauma ericksonienne, dans laquelle la Lisa de 11 ans accompagne la Lisa de 7 ans à passer le cap. Et surtout dans laquelle la Lisa de 11 ans convainc la Lisa de 7 ans qu’elle a fait de son mieux, qu’elle l’aime profondément, qu’elle a survécu et qu’elle ne risque plus rien.
Suggestion post-hypnotique qu’elle restera pour toujours la gardienne des souvenirs et des plaisirs liés à sa maman.
Sortie un peu longue de transe.

Je fais rentrer la grand-mère et alors que l’on s’assoit, je me rends compte que je n’ai plus affaire à la même petite fille. Lisa est souriante. Elle semble s’être ouverte… Je suis (bêtement ?) pris par l’émotion à ce moment-là. La mamie constate aussi le changement chez Lisa, se met à pleurer et à me dire qu’elle était certaine que ça ferait du bien à sa petite-fille. Elle a pris rendez-vous pour elle. Elle n’a pas fait le deuil non plus. Que ce soit perdre sa maman quand on a 7 ans ou perdre sa fille quand on en a 60, ça reste l’une des pires choses au monde. Heureusement, correctement accompagné si besoin, on peut surmonter la douleur.

Une semaine après notre rendez-vous, Lisa n’a pas refait de cauchemars…

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