Il y a quelques semaines, je reçois coup sur coup 2 appels de femmes qui me disent avoir un problème avec l’alcool. On entend souvent dire qu’il ne faut pas prendre de clients alcooliques sans accord de l’addictologue, et surtout pas sans suivi médical. Mais après rapide anamnèse au téléphone, je me rends compte que l’une n’est pas alcoolique, elle ne boit qu’en soirées, mais jusqu’à l’ivresse, et que l’autre boit tous les jours 2 à 3 bières. Je me dis donc que je ne risque pas de problème physiologique de type delirium tremens avec ces personnes et je leur fixe rendez-vous.

La 1ère, celle qui ne boit qu’en soirées, a 47 ans. Elle a toujours bu jusqu’à l’ivresse, depuis son adolescence. Seulement en soirées, pas seule ni lors de repas entre amis. Il faut que ce soit une ambiance festive, avec de la musique, type mariage. Elle a eu un père alcoolique, mort de son alcoolisme, et un grand-père décédé d’une cirrhose du foie. Elle a souvent été considérée comme une bout-en-train, celle qui sortait toujours et aimait bien faire la fête. Elle a su s’entourer de personnes qui aimaient bien boire aussi. Mais aujourd’hui elle n’accepte plus de se voir comme cela, et ne comprend pas ce qui la pousse vers cet état.
Je vérifie tout d’abord s’il n’existe pas chez elle une forme de loyauté familiale, mais non. Pas eu de violence de la part de son père non plus. Elle pense avoir eu une chouette enfance justement parce que son père n’était pas sur son dos et que sa mère la choyait vue l’absence du père.
Je décèle pourtant 3 événements traumatisants : le 1er qui lui fait monter les larmes aux yeux est un jour où son père lui a demandé de conduire alors qu’elle n’avait pas encore son permis, à 17 ans, parce qu’il n’était pas, lui, en état de conduire. Elle se rappelle que sur le coup, elle avait trouvé ça plutôt chouette de pouvoir conduire et qu’elle s’en était même vanté à ses amis. Le 2ème événement arrive lors d’un séjour au ski en famille quelques années plus tard. Son père rentre ivre le soir. Le matin, tous partent skier sauf le père qui décuve. Quand ils rentrent le midi, le père est debout mais a recommencé à boire. Le grand frère de ma cliente se fâche et le « bouscule ». Ca la fait pleurer plus de 20 ans après. Elle a eu très peur pour son père qui était très faible physiquement et psychologiquement à ce moment-là. Le 3ème événement, peut-être le plus pénible, vient plus tard et renforce à mon avis le comportement. A 28 ans, son père dépense beaucoup d’argent et la famille demande la mise sous tutelle pour lui assurer son avenir. C’est ma cliente qui devient sa tutrice. Elle se rappelle avec beaucoup d’émotion le jugement au tribunal et son père qui lui fait comprendre à ce moment là qu’il la voit comme une traître. Il meurt quelques années après et n’auront jamais pu parler de cet événement.

Le travail hypnotique a commencé dès le 1er rendez-vous avec une séance inspirée de Betty-Alice Erickson, la fille de Milton, qui pratiquait elle aussi l’hypnothérapie. Une forme de régression en âge, où la personne obtient ce dont elle a manqué dans son enfance. C’est la cliente qui choisit quoi exactement mais on peut supposer dans ce cas qu’elle obtient au moins de la sécurité et de l’honnêteté (elle reproche à sa mère d’avoir joué un rôle pendant toute son enfance).
En 2ème séance, je traite les 2ers événements traumatiques en transe légère, par une méthode de double-dissociation que j’enseigne. Ca fonctionne, elle revoit dès la fin de la séance ces épisodes comme un peu tristes mais bien passés, terminés, et ne lui faisant plus remonter de fortes émotions
A la 3ème séance, comme il y avait culpabilité, on traite le trauma d’une autre façon, qui demande une plus grande habitude de la transe. Au 3ème rendez-vous, avec elle, c’est possible. Là aussi, on obtient un résultat qui la satisfait.
Suite à ces 3 séances, elle a fait des rêves dans lesquels elle se voit aller en soirées et dans lesquels elle boit avec modération (1 coupe de champagne). Elle faisait régulièrement, avant notre travail hypnotique, des rêves de soirées. Tous étaient des cauchemars dans lesquels elle se retrouvait ivre. Surtout, elle a été dans une soirée organisée par une association dont elle fait partie et elle n’a pas bu. Cependant, sa mère était là et ça a pu jouer sur le fait qu’elle n’aille pas plus loin. Nous trouvons cela quand même très encourageant. Elle doit me rappeler lors de sa prochaine soirée où elle pourra se lâcher. Je mettrai en commentaire de ce post ce qui s’est passé. Croisons les doigts ! En tout cas, elle sent que ça a bien bougé en elle…

La 2ème cliente, la trentaine, est plus dans un alcoolisme « classique ». Elle boit tous les soirs. 2 ou 3 bières ou verres de vin mais ne peut pas s’en passer. Elle aussi a commencé tôt : à 13 ans. A 17 ans, elle amplifie sa consommation et touche à d’autres substances. Elle apprécie notamment la cocaïne et le speed dans sa vingtaine. Elle dit rechercher un état différent. Une fuite ?

Elle me dit avoir vu une psy pendant un an et demi pour un manque de confiance en elle. Elle a aussi vu d’autres types de thérapeutes pour se défaire de l’alcool. Tous l’ont bien aidé à avancer mais pas à solutionner le problème.

Je rebondis sur ses 17 ans. Pourquoi ça s’amplifie à cet âge là précisément ? Parce qu’elle quitte la maison et donc a toute la liberté de s’enivrer. C’est jeune, je lui demande comment ça se fait.
– « Je ne pouvais plus rester. »
– Ah bon, pourquoi ?
– Parce que je ne supportais plus mes frères.
– Ah bon, pourquoi ?
– Parce que mes frères laissaient faire mon père. Lui, ll frappait ma mère et mes frères ne l’empêchait pas.
– Et vous ? Vous l’empêchiez à 17 ans ?
– Non, je ne me supportais pas non plus, et je suis parti pour fuire tout ça.
Parce que ça fait longtemps que l’on discute et que je pense pouvoir l’aider rapidement, je lui demande si un événement a été plus marquant qu’un autre pendant son enfance. Là, avec beaucoup de mal à en parler, elle me dit que oui, en pleurant et en s’en excusant. Je ne lui demande pas de me décrire ce qui s’est passé, on a affaire un trauma. Mais elle me raconte quand même. A 5 ans, son père a battu sa mère dans un coin de porte. Sa mère portait son petit frère de 18 mois qui est tombé. Ma cliente a eu très peur pour sa mère et son frère (surement pour elle aussi) et a du s’occuper de son petit frère pendant la dispute.
Travail hypnotique sur ce trauma par double-dissociation. OK, plus d’émotion en fin de séance.

Je demande à ma patiente de me rappeler 4 jours après pour me dire ce qui s’est passé pour elle. Je l’ai vu lundi de la semaine passée, elle m’a rappelé le jeudi. Elle a commencé à me dire qu’il venait d’y avoir un décès brutal parmi les personnes de son entourage le lendemain de la séance. Je m’imaginais donc que la séance n’avait pas vraiment pu avoir d’effet. Mais elle continue en me disant que si, justement, malgré ce décès qui avant l’aurait amené à boire davantage, là elle est très fière d’elle car elle n’a pas retouché une goutte d’alcool depuis que l’on s’est vu. Elle est super contente. Et là, presque 2 semaines après notre rendez-vous, elle n’a pas repris son ancien comportement. C’est plutôt, là aussi, encourageant… 🙂
Je pense tout simplement qu’elle était prête. Après avoir vu tant de thérapeutes, elle en avait marre, elle était décidé à changer. Je lui ai donné le coup de pouce nécessaire…

Je ne fais surtout pas de généralisation ici quant au traitement de l’alcoolisme par l’hypnose. Je précise que je travaille souvent en collaboration avec des psychiatres pour cette problématique.

Comment induire facilement l'état d'hypnose ? Soyez votre 1er cobaye, téléchargez gratuitement le guide de l'auto-e-pnOse !

Vous allez recevoir votre manuel de formation, vérifiez votre boîte mail !

Share This